Depuis des années en Haïti, les autobus de transport en commun se sont transformés en de véritables pharmacies ambulantes. A chaque autobus, un marchand ou une marchande prend place. Comme des enfants formés à la même école, ils ont tous une manière très spéciale pour s’introduire auprès des passagers. La prédication de l’évangile.

L’évangile ! On en a beaucoup servi ici. Même les soupirants, pour gagner le cœur de leur dulcinée en fait l’usage. Je me souviens une fois, avoir accompagné un ami chez sa copine qui le croyait  vrai protestant. Notre visite coïncidait avec une bonne nouvelle qui vient d’être annoncé pour la famille. Je ne vais pas vous en parler maintenant, ça fera l’objet d’un autre billet. Une nouvelle que le père de la jeune fille a choisi de célébrer par une courte prière. J’étais surpris de voir soudain que mon ami a atteint d’une migraine. Ce n’est qu’après, sur le chemin de retour, qu’il plaisantait en disant que la prière est devenue source de mal. Il m’explique qu’il a feint cette douleur parce qu’il ne connaissait pas les cantiques, alors que sa copine lui présente comme un fervent chrétien. Je ris à gorge déployé au beau milieu de la rue. En guise de réponse je lui disais qu’il a une prière en conserve pour la prochaine vraie migraine. Revenons à notre autobus.

Après avoir prêché durant 2 minutes environs, certains passagers lui criait un « amen ».

L’homme se présente « je suis Frère Joseph, moniteur de l’école dominicale et représentant du laboratoire …» J’ai prêté toute mon attention  afin de retenir le nom du laboratoire, mais le sigle a tellement de lettre que je ne pouvais le capter en une seule présentation et je crains que sa définition ne donne pas un paragraphe.

Il enchaine pour préciser aux passagers que ce qu’il va les présenter « n’est pas un sirop mais plutôt un médicament ». L’idée me vient de lui demander c’est quoi un sirop ? Mais de peur que mes co-voyageurs ne me traitent pas envoyé du diable, je me tais. Celui qui se présente comme le seul représentant de ce laboratoire dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, commence à citer une infinité d’ingrédients (en majeur partie des « bois ») qui entrent dans la composition de son médicament liquide qui n’est pas un sirop.  En Haïti, parler de bois dans la composition d’un produit vous donne l’opportunité de l’écouler très rapidement, à moins qu’il n’y ait que des femmes à vous écouter. Même dans ce cas, on peut toujours garder espoir d’en écouler un peu. Car, les hommes sont très sensibles pour leur virilité et on raconte souvent le bienfait de ces « bois ».

Une femme le questionne. « Monsieur, mon fils a 4 ans, il peut en prendre » ? Il répond oui sans donner trop d’explication. Ainsi, il commence à faire passer quelques bouteilles. Il questionne. Il n’y a pas d’autres personnes qui veulent rentrer chez eux avec une bouteille ? Tant pis, lance-t-il. D‘ailleurs, si vous allez à une pharmacie elle vous coutera très chère.

Il explique que ce médicament a apporté la guérison à une femme qui a presque fait le tour de la planète pour un fibrome. Qu’un homme a remué ciel et terre pour lui apporter un cadeau en récompense du bienfait de son médicament. Définitivement, je lève ma tête pour chercher une maladie qui n’est pas traitée par ce liquide.

Etrangement, monsieur soutient qu’il y a une catégorie de personnes qui ne peuvent pas en prendre. Je respire pour bien écouter. Et il met en garde les femmes enceintes.  « Si quelqu’un a acheté ce médicament pour une femme enceinte, remettez-le-moi et je vous rembourserai. Sinon il sera fatal pour l’enfant qu’elle porte ». « Comment » ? L’interroge une femme. « Il la fera avorter sur le champs » répond-il à la femme.

« C’est une stratégie d’écouler ses produits » me murmure une femme assise à mes cotes. J’ai failli avaler ma langue quand la femme m’expliquait qu’en réalité l’homme voudrait inciter les jeunes filles à s’en emparer. « Il sait que l’état est contre l’avortement, alors il le dit d’une façon voilé »

Perdu dans la conversation, subitement je crie « merci ». J’ai devancé ma maison de quelques mètres. Au passage, quelqu’un m’interpelle en disant « tu n’en prends pas un ? On ne sait jamais tu peux en avoir besoin pour ta petite amie »

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Wilney Taris
Communicateur social, Wilney Taris a vu le jour dans la région nord d’Haïti. Il travaille comme attaché de presse et donne sa collaboration à Mélodie FM, une station de radio de la capitale. A travers ce blog, il souhaite partager avec vous sa façon de voir les choses dans son pays Haïti, la première république nègre indépendante du monde. Dans ses billets, l’emphase est mise sur la vie sociale, toutefois il peut varier ses sujets selon ses caprices
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