Michael Jackson, en train d'executer le Moonwalk
Michael Jackson, en train d’executer le Moonwalk

En voyant le titre de mon billet, je suis sur que vous êtes en train de vous poser plein de questions. Comment un pays peut-il se lancer dans un exercice pareil ? Vous avez peut être raison. Lorsqu’on sait que ce mouvement est pratiqué par des humains. D’entrée de jeux, pour ce qui n’est pas branché musique américaine, le moonwalk est une danse inventée par James Brown, mais il a fallu un certain Michael Jackson, véritable star mondiale, pour la rendre populaire.  La danse met en scène un danseur qui se déplace à reculons tout en créant l’illusion par ses mouvements corporels qu’il est en train de marcher vers l’avant.

Cette illusion est, semble t-il, belle et bien présente dans le cas d’Haïti, la première république noir indépendante du monde, qui jure de ne jamais laisser passer un trimestre sans le moindre scandale.

Cette année encore, comme chaque année d’ailleurs, Haïti a eu son traditionnel carnaval. Généralement on parle de carnaval national, mais moi délibérément, je préfère ne rien mettre derrière le mot. Parce qu’on peut lui ajouter tout autre nom sauf national cette année. Si entre temps Larousse a donné une autre signification au mot national, je vous demande me pardonner. Mais, s’il se définit encore comme quelque chose qui concerne la nation, je regrette, il n’a pas eu de carnaval national.

Si l’on croyait avoir définitivement tourné la page noir de l’histoire d’Haïti où la censure et le culte de la personnalité règnent en maitre et seigneur, les autorités en disent le contraire. La dernière manifestation culturelle la plus populaire du pays, le carnaval, peut en témoigner.

Le carnaval haïtien a été depuis des années un espace d’expression populaire. Dans les zones rurales, il faut toujours faire attention à ne pas laisser fuiter les comportements jugés anormaux par la société. Sinon, vous serez surpris d’entendre votre nom associé à un chant populaire du carnaval.

Il n’est pas différent pour les groupes musicaux des grandes villes d’Haïti. Notre Roi lion, pour emprunter le qualificatif de mon collègue mondoblogueur Florian, lorsqu’il était musicien, n’a jamais raté l’occasion de tirer à boulet rouge sur le gouvernement d’alors. Ironie du sort ? Aujourd’hui, il n’est plus musicien. Disons plus exactement, il n’est plus à la fenêtre. Il est au timon des affaires.

Le groupe musical Brothers Posse a titré sa meringue carnavalesque de 2013 «Aloral » (A l’oral). Comme à l’accoutumer, les rastas ont jeté un regard critique sur le gouvernement en place. A travers « Aloral », la bande a Don Kato, le chanteur vedette, dénonce  le programme du « Roi lion » qui reste toujours au stade de promesse. Plus loin, il ironise l’ancien musicien de faire atterrir son programme en passant par de nombreux voyages à l’étranger et de longue file voiture blindée sur fond de scandale de sirène.

http://www.youtube.com/watch?v=ZfFNXc6fUY0

« Aloral » a été l’une des meringues les plus appréciées de la population haïtienne, mais en récompense, pour son angle critique, à la dernière minute, le pouvoir  l’a enlevé de la liste des groupes qui devraient participer au défilé des trois jours gras. Alors qu’on croit être en plein dans la démocratie où la liberté d’expression est un préliminaire.

Alors qu’on parle de divorce avec la dictature depuis le départ de Jean Claude Duvalier, aujourd’hui un groupe s’est vu refuser son char pour être critique par rapport au pouvoir. Il est vrai que 27 années se sont écoulées depuis la chute des Duvalier, mais l’impression de laisser les pratiques liées a son régime semble une illusion.

De pur Moonwalk pour notre Haïti chérie !

 

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Wilney Taris
Communicateur social, Wilney Taris a vu le jour dans la région nord d’Haïti. Il travaille comme attaché de presse et donne sa collaboration à Mélodie FM, une station de radio de la capitale. A travers ce blog, il souhaite partager avec vous sa façon de voir les choses dans son pays Haïti, la première république nègre indépendante du monde. Dans ses billets, l’emphase est mise sur la vie sociale, toutefois il peut varier ses sujets selon ses caprices
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