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Je me rappelle encore de mes folles années d’enfance où je me mettais toujours au-devant de la maison pour attendre l’arrivée de mon père. Je me bagarrais presque tous les jour avec lui pour avoir le privilège d’aller mettre son vélo à l’arrière de la maison. Finalement, j’ai eu raison de lui, tous les après-midi le vélo était à moi. Et depuis lors, je me suis mis à m’exercer avec le seul moyen de déplacement que mon père disposait à l’époque.

Comme son vélo n’était pas fait pour mon âge, je ne pouvais pas me mettre sur la selle. En bon petit malin, je m’arrangeais pour avoir un pied sous le tube supérieur afin de d’atteindre les pédales. Comme à l’accoutumée, je me trouvais un après-midi devant la barrière à attendre son arrivée pour récupérer ce qui était devenu mon hobby préféré. Cette fois-ci, celui qui d’habitude observait son fils traîner son vélo à la main, allait le voir se métamorphoser en un homme qui grimpe sur le vélo et part. Étonnement, mise en garde, satisfaction et contentement se mélangeaient dans le regard de mon papa.

Deux jours plus tard, j’ai reçu un vélo en cadeau de la part de mon père. Ce fut pour moi une grande surprise. Lui qui se disait toujours incapable de commettre le crime de me donner un vélo, sous prétexte qu’un jour je pourrais gagner la rue et me faire renverser par une voiture.

Mon grand amour pour le vélo a ainsi commencé. Bien que ma mère avait certaines réticences, je commençais à me rendre chez ma grand-mère seul avec mon nouveau bien. Quelques années plus tard, quand je devais être à l’école secondaire, mon père m’en offre un autre. Sous les remarques bienveillantes de ma mère, tous les matins, je prenais mon sac à dos et filais au lycée. Bien évidemment, je gardais toujours les conseils de mon père en tête. « Il faut que tu regardes à l’arrière avant de dépasser une voiture stationnée et surtout roule ton vélo au bord de la rue », me répétait-t-il souvent.

Un vélo pour diverses raisons

Nous étions plusieurs élèves à utiliser ce moyen de locomotion à travers la ville du Cap-Haïtien. Avec le temps je comprends les différents avantages qu’il nous a offerts.

Dans un pays où les embouteillages monstres sont considérés comme un fléau, ne vous étonnez pas si quelqu’un arrive en retard à un rendez-vous et qu’il vous dit que pour parcourir les 15 minutes habituelles qui relient son domicile au lieu de la rencontre, il a mis 1 heure et demi en voiture. Par contre, avec le vélo, je ne me fais pas de souci, il est accessible à la moindre brèche.

Plus loin, l’aspect économique était pour moi un élément non négligeable et qui m’a donné du plaisir  à prendre mon vélo tous les matins. Mon argent de poche était utilisé à bon escient et mes déplacements n’étaient limités que par mes parents ou moi-même, mais pas pour les frais de taxi.

Il est vrai qu’aujourd’hui les parents haïtiens sont de plus en plus nombreux à offrir à leurs enfants des vélos depuis très tôt. Cependant, ils sont utilisés davantage comme un objet de sport que comme un moyen de locomotion. L’arrivée massive des taxis motos sur les circuits d’Haïti prive la population urbaine de cette opportunité.

En voyant les enfants d’aujourd’hui, qui se contentent parfois d’une grande cour pour s’amuser à vélo, je me remémore mes bons souvenirs. Mais je dois reconnaître que la sécurité routière est très précaire.

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Wilney Taris
Communicateur social, Wilney Taris a vu le jour dans la région nord d’Haïti. Il travaille comme attaché de presse et donne sa collaboration à Mélodie FM, une station de radio de la capitale. A travers ce blog, il souhaite partager avec vous sa façon de voir les choses dans son pays Haïti, la première république nègre indépendante du monde. Dans ses billets, l’emphase est mise sur la vie sociale, toutefois il peut varier ses sujets selon ses caprices
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