Une file d’attente a Petion-ville

La raison du plus fort est toujours la meilleure, disait La Fontaine. Mais, quand les plus faibles s’acharnent contre leurs pairs à céder leur raison aux plus forts, on se demande si ces agneaux, nos sœurs et frères haïtiens, sont vraiment conscients d’être déjà la salive à la gueule du loup. Ne me demandez pas si la salive va se transformer en crachat. Car, tout le monde le sait, monsieur le loup est un affamé qui n’a d’oreilles que pour entendre la supplication de l’agneau avant de l’avaler.

Une fois, je faisais la queue à une de nos banques commerciales qui se payent des publicités partout pour vanter la qualité de ses services. Un service qui, par moment, vous contraint de faire une première queue à l’extérieur de la banque, des fois sous un soleil de plomb, avant d’y pénétrer. Voyant un siège vide au service dite de la clientèle, je signale à mon successeur bien mis dans sa chemise noire, que je vais m’asseoir en attendant mon tour.

Entretemps les activités continuent à la banque. Des bips résonnent à chaque instant pour appeler le prochain client. En fait, je suis allé m’asseoir pour être plus ou moins confortable, mais en réalité je me donne plus de peine. Car, à chaque bip je dois tourner ma tête pour voir si les gens qui me précèdent ne sont pas sur le point d’arriver à la caisse, sinon je risque de refaire la queue si le témoin à la chemise noire passe avant moi.

Un homme vient et va directement sur la caisse, sur le champ il est servi. Dans l’intervalle, l’attention de tous les clients est captée par un téléviseur géant qui rediffuse un match de football. Je me demande souvent pourquoi un téléviseur à la banque ? Mais les responsables de la banque, eux ils savent pourquoi. Et de fait, La banque a bien atteint son objectif à travers cette initiative. Presque tout le monde est perdu dans ce Real-Barca, sans tenir compte du déroulement du service.

« Qui sommes-nous les gens qui font la queue ? Ca fait déjà 3 heures je suis là, et des gens arrivent à peine vous les servez sans se soucier de nous qui poirotons depuis un siècle ici » crie un homme pour exprimer son désaccord.

« Arrête ! A la place d’eux tu ferais la même chose. Moi, si je travaille quelque part, mes proches devraient avoir la priorité. Donc, vous devez faire en sorte d’avoir une connaissance pour qu’on vous évite de faire la queue aussi. » Réplique un autre client.

J’imagine la fête qu’auraient faite les autorités si Haïti était composée seulement des gens du genre de ce dernier client.

Quand arrive mon tour, je me lève gentiment pour aller me placer devant l’homme à la chemise noire. Des gens à l’arrière se mettent à crier. Mes deux successeurs prennent ma défense : « il était là, il nous a prévenus qu’il allait s’asseoir en attendant son tour ». Malgré cette justification, ils s’acharnent contre moi.

« Qu’est-ce qui vous empêche de rester debout aussi jeune que vous êtes, vous êtes homo ?»,  me lance un quadragénaire. Finalement ils laissent la banque pour s’en prendre à moi qui, malheureusement, se trouve dans la même situation qu’eux.

The following two tabs change content below.
Wilney Taris
Communicateur social, Wilney Taris a vu le jour dans la région nord d’Haïti. Il travaille comme attaché de presse et donne sa collaboration à Mélodie FM, une station de radio de la capitale. A travers ce blog, il souhaite partager avec vous sa façon de voir les choses dans son pays Haïti, la première république nègre indépendante du monde. Dans ses billets, l’emphase est mise sur la vie sociale, toutefois il peut varier ses sujets selon ses caprices
Wilney Taris

Derniers articles parWilney Taris (voir tous)