Earthquake damage in downtown Port-au-Prince. - Prison Via Flickr
Earthquake damage in downtown Port-au-Prince. – Prison Via Flickr cc

A un moment où le débat tourne autour de l’arrestation des frères Florestal, (Enold et Josué), des responsables de l’opposition, des organismes de droits humains se défilent au pénitencier national, le plus grand centre carcéral haïtien, pour apporter leur soutien aux deux frères incarcérés. Théâtre de plusieurs évasions, réputé pour avoir vu de grandes personnalités y séjourner, le pénitencier national marque à sa façon l’histoire du pays. Qu’est ce qui se cache derrière les hauts murs de ce bâtiment situé au cœur de la capitale haïtienne?

Il faut affronter les regards des dizaines de personnes, formant une longue file d’attente, accroupis pour la plupart sous un soleil de plomb, dans l’espoir de rendre visite à un proche emprisonné. Croisant le canon de deux policiers lourdement armés, se faire inspecter avant de se trouver dans l’accueil de la prison.

Une autre barrière s’ouvre et maintenant nous sommes en plein la cours de la prison civil de Port-au-Prince. Sur cette cours humidifiée, au milieu des vacarmes de certains détenus qui crient leur détresse, l’air pestilentiel qui se dégage vous met en garde d’éviter de commettre des infractions à la peine de la prison. J’essaie de retenir mon souffle, en effet, à ce niveau je ne fais plus confiance aux phanères de mes deux narines.

Entretemps, je découvre un centre de santé. Je respire un peu en soliloquant, « au moins un endroit pour donner un premier soin parce qu’ici tout le monde en aura besoin un jour ou l’autre». Soudain un écriteau attire mon attention : « USAID ». Pourquoi faut-il toujours une aide internationale dans le moindre détail dans mon pays ? Je croise les doigts pour qu’un jour ces organismes n’exigent pas les autorités à porter des cravates frappés du logo de l’USAID.

Le centre est équipé de plusieurs matériels, il effectue un certain check-up pour les nouveaux admis afin qu’ils n’infectent pas les autres en cas où il souffre d’une maladie quelconque rapporte un médecin sur place. Mais à bien regarder les conditions qui y règnent, il y a de forte raison d’être sceptique quant à la santé de ces détenus.

Il est 10 heures du matin, le déjeuner est en route pour les différentes cellules. Des brouettes munies de grosses chaudières s’éparpillent dans les différentes allées de la prison. Une bouillie va être servie à chaud aux prévenus. Là je comprends un peu l’importance du centre en regardant ces chaudières aux couvertures entrebâillées.

Surpopulation carcérale

L’un des problèmes majeur de la prison en Haïti a été et est encore, malheureusement, la surpopulation carcérale. Pas d’effectif policier suffisant pour les gérer. « Aujourd’hui pour plus de 4000 détenus, il n’y a qu’environs 150 policiers. Ce qui fait qu’on a environ 1 policier pour 27 détenus, alors que selon la norme, ça devrait être un policier pour trois détenus », affirme un expert en la matière qui souhaite garder l’anonymat.

Oh Grate, We're In Prison, Roaring Jellyfish via Flickr cc
Oh Grate, We’re In Prison, Roaring Jellyfish via Flickr cc

La gestion des cellules représentent le nœud gordien de la prison en Haïti. Pour compenser l’absence des toilettes à l’intérieur des cellules, les détenus se servent d’un grand récipient pour faire certains de leurs besoins. Entassés dans des espaces à raison de 0.40 m2 par détenu, contrairement aux normes standard de 4.5m2, la situation des prisons en Haïti est calamiteuse.

La détention préventive prolongée

La majorité des personnes sont en détention préventive prolongée, parmi elles, des détenus qui n’attendent qu’un dispositif de jugement pour être libérés. Sans oublier des gens qui sont incarcérés depuis des années pour une simple bagarre lors des exercices pré-carnavalesques. Malgré la mise en place d’un service d’assistance légale, la situation tarde encore à se régulariser.

Si la prison devrait être un endroit de réflexion afin d’empêcher au citoyen qui a commis une infraction de ne pas récidiver, l’état de la prison en Haïti présage le contraire.

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Wilney Taris
Communicateur social, Wilney Taris a vu le jour dans la région nord d’Haïti. Il travaille comme attaché de presse et donne sa collaboration à Mélodie FM, une station de radio de la capitale. A travers ce blog, il souhaite partager avec vous sa façon de voir les choses dans son pays Haïti, la première république nègre indépendante du monde. Dans ses billets, l’emphase est mise sur la vie sociale, toutefois il peut varier ses sujets selon ses caprices
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