Vue du Centre des Oeuvre Universitaires de DakarCredit photo Wilney Taris
Vue du Centre des Oeuvre Universitaires de Dakar
Crédit photo Wilney Taris

Arrivés au Sénégal le 10 octobre 2011 suite au séisme dévastateur qui a ravagé Haïti le 12 janvier 2010, les étudiants haïtiens, boursiers du gouvernement sénégalais, intègrent de mieux en mieux le système éducatif de la teranga. Toutefois, ils se disent inquiets pour la fin de leurs études, vu la contrainte qui leur est faite par les autorités haïtiennes de rentrer en Haïti, malgré la volonté exprimée par celles du Sénégal de les garder jusqu’au niveau de Master.

A mon avis, rencontrer un étudiant haïtien à Dakar est la chose la plus facile au monde, mais lui arracher une interview est l’exercice la plus pénible à laquelle on peut se prêter. Il m’a fallu expliquer aux étudiants tout sur mon passage à Dakar avant qu’ils n’acceptent d’échanger quelques mots avec moi.

Accueillis dans une communauté majoritairement musulmane, les étudiants haïtiens n’ont pourtant pas pris beaucoup de temps à intégrer la société sénégalaise. D’après ces derniers, le Sénégal a beaucoup de point en commun avec Haïti au niveau culturel. Ce qui leur a permis de s’intégrer dans la société Sénégalaise sans grande difficulté.

« Notre priorité, ce sont les études, donc pas le temps de nous attarder sur les difficultés », me déclare Janine en empruntant la voie qui emmène à la résidence Claudel où elle et d’autres étudiants sont logés.

Sur le campus, il est difficile de différencier les nationalités, tous les étudiants se ressemblent. Dans ma quête de trouver un Haïtien, en y arrivant, je me suis trompé à plusieurs reprises. J’interpelle des Africains que je croyais être, au préalable des Haïtiens. Les étudiants me le confirment : Il n’y a pas de discrimination. « les autorités nous traitent comme des Sénégalais. Nous payons les mêmes frais qu’eux, nous avons une allocution équitable tous les mois ».

Les étudiants haïtiens ont pu bénéficier de ces bourses à la faveur d’un élan de solidarité entre le gouvernement d’alors dirigé par Abdoulaye Wade et le peuple haïtien. Ce que l’opposition Sénégalaise de l’époque a vivement critiqué, en mettant en avant la difficulté des jeunes sénégalais à poursuivre leurs études universitaires.

Mais contrairement à ce qu’on pourrait attendre avec l’arrivé de Macky Sall au pouvoir, les étudiants haïtiens continuent de bénéficier des mêmes avantages.

Si entre les responsables des universités de Dakar et les étudiants haïtiens tout va bien, la réalité est différente entre ces derniers et les représentants haïtiens, à en croire les déclarations de plusieurs d’entre eux qui se disent inquiets pour la suite de leurs études.

« Dans le système sénégalais, avoir une licence ne veut rien dire. C’est comme une initiation générale à une discipline, normalement il faut avoir au moins un master », m’explique Pascal, étudiant en droit.

« Les universités sont prêtes à nous garder, mais les responsables haïtiens nous contraignent de partir dès qu’on termine avec le premier cycle », ajoute Pascal qui se dit déterminé à mener les démarches nécessaires pour y rester et continuer ses études.

« Dans un pays où la capacité d’accueil de nos universités est très faible, des étudiants sont contraints de rester au pays malgré la volonté d’un pays ami de les accueillir », me déclare Jeanine en empruntant la voie qui emmène à la résidence Claudel où elle et d’autres étudiants sont logés.

L’exemple de Jacques

« Les responsables de l’université m’avaient donné une préinscription suite à mes deux années d’études, pour lesquelles j’avais décroché un diplôme de technicien en génie civil. Malgré cette préinscription, la commission m’a contraint de partir », me raconte Jacques sous un air révoltant.

Dès son arrivée en Haïti, il a vu son billet de retour vers le Sénégal bloqué, sa demande d’avoir une lettre de recommandation pour l’obtention du visa de transit refusée.

« Je me suis fatigué avec les différentes visites au Ministère des Affaires Etrangères (MAE) pour avoir cette lettre qui m’a été refusée au préalable par la commission, avant qu’un particulier, voyant ma détermination pour les études, ait décidé de m’aider à trouver cette lettre », continue Jacques tout en « remerciant Dieu » qui lui permet aujourd’hui de poursuivre ses études en génie civil.

« Aujourd’hui, ils (les responsables) ne savent rien de moi mais Dieu prendra soin de moi », a conclu Jacques.

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Wilney Taris
Communicateur social, Wilney Taris a vu le jour dans la région nord d’Haïti. Il travaille comme attaché de presse et donne sa collaboration à Mélodie FM, une station de radio de la capitale. A travers ce blog, il souhaite partager avec vous sa façon de voir les choses dans son pays Haïti, la première république nègre indépendante du monde. Dans ses billets, l’emphase est mise sur la vie sociale, toutefois il peut varier ses sujets selon ses caprices
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